Retour sur mes mortalités d’abeilles et analyse

Cette saison, avec ma participation au projet Arista et à la campagne d’insémination  de Wellin, je me suis plongé dans la base de données des pédigrées tenue par Jean-Marie Van Dick. J’y ai fait quelques trouvailles intéressantes…

Vous vous souvenez des mortalités du dernier hiver qui m’avaient privées de plus de la moitié de mon cheptel. Après discussion avec Paul Jungels et Jos Guth, il en ressortait que ces mortalités anormales  étaient sans doute imputables à des viroses suite à une réinfestation tardive par Varroa (voir ICI).

 

L’hiver 2016-2017, les ruches de production avaient à leur tête une majorité de reines dont la génitrice était de souche B184 (PJ) avec des millésimes 2014, 2015 et 2016. Les pertes hivernales furent de 95% sur cette lignée!

En analysant les évaluations et le pédigrée de cette reine, on peut voir que la charge en Varroa est cotée « 4 » (bonne moyenne). L’évaluation de ce critère est basée sur l’estimation du nombre de varroa par leur mortalité lors du traitement acaricide d’août. Les colonies sont cotées par rucher pour tenir compte des surinfestations dues à des conditions locales (présence dans l’environnement de colonies non traitées). De plus, les colonies reproductrices potentielles subissent le test du couvain congelé ou tué au moyen d’une épingle. On estime la rapidité avec laquelle les ouvrières éliminent ce couvain mort. Donc, une cote de « 4 » n’est déjà pas mal, mais il y a mieux (« 5 » et « 6 »)! On peut également voir l’absence du caractère Hyg+ sur ce tableau bien que cette lignée ait ensuite reçu un « 6 » pour ce critère (à vérifier). A noter cependant que les caractères VSH+ et Hyg+ ne sont pas nécessairement liés.

Réf: http://perso.unamur.be/~jvandyck/homage/elver/pedgr/ped_PJ_2013.html

Mais plus interpellant, sur le pédigrée de B184, une note de Paul Jungels (encadré noir) parle justement d’une sensibilité accrue de cette souche aux viroses dans des conditions particulières (Varroa en surnombre et/ou hivernage sur miellat)! Or, la fin d’été et l’automne 2016 furent caractérisés par un très beau temps, une miellée tardive avec du miel de châtaignier assurément (voir ICI) mais sans doute aussi du miellat… Coïncidence???

Réf: http://perso.fundp.ac.be/~jvandyck/homage/elver/reines/B184(PJ).11.html

La saison apicole 2016 a vu l’introduction d’une nouvelle souche (B289) pour remplacer la B184 arrivée en fin de vie (3 saisons complètes comme raceuse). Cette nouvelle lignée a été la base de l’élevage de cette année 2016 et a peuplé la quasi totalité des ruchettes hivernées en 2016-2017. Les pertes hivernales n’ont été « que » de 40-50% sur cette lignée, ce qui a suffit pour me relancer au printemps 2017.

La lignée B289 (PJ) est tout à fait différente car il s’agit d’une combinaison entre une lignée Primorsky du côté maternel et Anatolica pour les faux-bourdons. L’abeille russe orientale Primorsky  a développé des traits particuliers de résistance, à la suite d’une sélection particulièrement sévère. Ces abeilles ont vécu et évolué pendant plus de 150 ans en parallèle avec Varroa destructor . (réf: https://fr.wikipedia.org/wiki/Abeille_russe )

Réf: http://perso.fundp.ac.be/~jvandyck/homage/elver/reines/B289(PJ).13.html

Sur le tableau d’évaluation, cette lignée obtient « 5 » pour le Varroa et montre un caractère Hyg+ de 80%.Réf: http://perso.unamur.be/~jvandyck/homage/elver/pedgr/ped_PJ_2015.html

Tout ceci n’est qu’une approche très théorique et ne tient pas compte d’un hétérosis sans doute marqué et en tout cas non-dirigé (reines F1 en production) mais les coïncidences sont vraiment troublantes!

La moralité est qu’à l’avenir, je ne travaillerai plus sur une seule souche mais minimum 2 ou 3 en parallèle. L’adage « ne pas mettre tous ses oeufs dans le même panier » prend ici tout son sens! 😉

Cela met sans doute aussi en évidence le caractère non-aléatoire de la réussite ou non en apiculture. La génétique des abeilles utilisées est, à mon sens, primordial pour une apiculture efficace et rentable, d’autant plus avec l’apparition de lignées résistantes à Varroa par exemple.

 

Documents diffusés avec l’aimable autorisation de son auteur, Jean-Marie Van Dick

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